Avant-Propos - Festival Berlioz - La Côte-Saint-André, Isère

Avant-Propos

FESTIVAL BERLIOZ, toujours 20 ans

Qui peut revendiquer la paternité d’un Festival Berlioz sinon Berlioz lui-même ?
Nous savons qu’il a organisé des moments festivaliers (notamment à Bordeaux, Lille, Lyon) dont une certaine presse, peu visionnaire, aimait à se moquer. Comme on se moquait parfois de Berlioz,
« homme-orchestre », composant la musique, réunissant les musiciens, organisant l’événement, dirigeant les concerts
– il était aussi un grand chef –, écrivant ou réécrivant sa vie,
comme sa musique, romancier autant que journaliste, laissant l’image d’un génie parmi les plus singuliers de ce temps vibrant de romantisme et de révolutions... Il y eut après lui un Festival Berlioz à Paris, en 1870. Il y eut d’autres tentatives, des échecs, des reprises, d’autres péripéties très berlioziennes en somme. Paul Claudel note en 1930 avoir assisté à La Damnation de Faust à La Côte-Saint-André et compris les liens forts unissant la musique de Berlioz et les paysages du Dauphiné. Dans sa commune natale, un rendez-vous festivalier est attesté dans les années 1950. Mais de mémoire de mélomanes le premier Festival Berlioz reste celui créé par Serge Baudo à Lyon, en 1979, qui pendant une décennie a enchanté les berlioziens du monde entier (sans consoler les Côtois – malgré quelques beaux concerts sous la halle – de ne plus avoir leur Berlioz « à la maison », près de sa ferme et ses champs). Enfin il y a 20 ans, grâce au soutien du Conseil général de l’Isère, Jean Boyer et une armée de bénévoles permettaient le retour de l’enfant du pays. Et bien qu’on ne donnait pas cher d’une telle ambition dans un petit bourg de campagne s’écrivait la première page d’une aventure dont nous avons la joie de fêter désormais la vingtième édition. Ainsi 20 ans, toujours 20 ans, ce fol âge où la vie de Berlioz bascule définitivement : renoncement à la médecine, premiers cours avec le compositeur Lesueur, premières notes d’un premier projet d’opéra, Estelle et Némorin, avant le bouleversement de l’année suivante, à l’audition d’Orphée et Eurydice de Gluck (parmi les oeuvres proposées en cette année anniversaire, dans la version revue par Berlioz, évidemment).

Du joyeux et audacieux opéra Béatrice et Bénédict aux grandes oeuvres symphoniques que sont la Symphonie fantastique et Harold en Italie, des mélodies superbes, parfois peu connues ou adaptées (comme le Roi des Aulnes de Schubert), au célébrissime cycle des Nuits d’été donné dans sa version originale à 3 voix, c’est la diversité de l’oeuvre du compositeur Berlioz que nous souhaitons faire entendre. Comme nous souhaitons également faire connaître l’auteur du Traité d’instrumentation et d’orchestration, insister sur son apport considérable à ce « grand instrument capable de faire entendre à la fois ou successivement une multitude de sons de diverses natures » et interroger son legs avec quelques oeuvres orchestrales extraordinaires – de Wagner, Moussorgski/Ravel, Strauss, Stravinski et jusqu’à Pierre Boulez, homme-orchestre d’aujourd’hui (composant, écrivant, pensant, agissant) – au programme de cette édition.

Enfin, parce que nous postulons que la musique de Berlioz commence ici, en Isère, dans ces terres où elle puise l’inspiration comme le grain, parce que nous défendons l’idée que la Symphonie fantastique doit beaucoup à ces paysages sonores (scène aux champs autant que sabbat de sorcières...), c’est à Bressieux, à quelques lieues de La Côte-Saint-André (et à deux pas d’un village où résidait son ami de jeunesse Casimir Faure), que s’ouvriront les festivités. En plein air, dans les ruines d’un château, avec une impressionnante fonte de cloches à l’ancienne et une nuit fantastique au son du rigodon et autres musiques populaires. Car « les romantiques ont explicitement revendiqué cette circulation sociale des émotions. L’exaltation des cloches de la terre a été pour eux l’occasion de célébrer un accord et une rencontre : celle du peuple et des poètes... »

Bruno Messina,
directeur artistique