Le festival Berlioz est organisé par l'Agence Iséroise de Diffusion Artistique

Aller au contenu

Avant-propos

Au banquet d'Hector

Enfant, assis près de son père, Hector écoute attentivement les vers du poète latin Virgile. Il y a notamment ce banquet extraordinaire organisé par la reine Didon pour Enée. Le petit garçon est impressionné. Les exploits du demi-dieu Enée le font beaucoup rêver. Sans doute comprend-il que l'amour n'empêcherait pas Enée d'accomplir son destin. Un peu comme lui, bientôt, si amoureux, si sûr aussi de son destin.

Alors est née l'idée que cette histoire pourrait guider cette nouvelle édition du Festival Berlioz à La Côte-Saint-André. Et que les exploits de Berlioz méritaient bien douze jours de festin !

Des exploits de Berlioz comme de sa musique, il en sera question tout le temps : combats contre les siens qui ne voulaient pas d'un enfant musicien, combats contre le sort, combats contre l'institution, combats contre les us et les conservatismes, difficultés à être entendu (dans tous les sens du mot), difficultés à être aimé, succès inattendus, échecs invraisemblables, chefs-d'œuvre incomparables, et le pari tenu d'être encore aujourd'hui - et « pour quarante siècles de plus » - au programme... Dans ses feuilletons et Mémoires, dont un concert fêtera la nouvelle édition le 24 août, Berlioz raconte ces journées « festivalesques » (le drôle de mot est de lui) qui se terminent bien souvent en banquet. C'est pourquoi de festin - musical, littéraire, gastronomique et romantique - il sera tant question : en l'honneur de Berlioz bien sûr ; et pour nous souvenir de son siècle étourdissant, siècle de révolutions, de découvertes et d'inventions, où de puissants banquets républicains pouvaient faire basculer un pays !

« On se promettait de largement dîner et boire ; on pensa qu’un peu de musique ne gâterait rien, au contraire, bien des gens ayant besoin de cet accessoire pour faciliter leur digestion ; et l’on s’avisa de s’adresser à moi comme à un excellent digestif » ironise Berlioz. Mais que l'artiste soit rassuré ! Ce banquet, polyphonique et géorgien, comme le déjeuner sur l'herbe accompagné de sérénades en souvenir des joies napolitaines, sont un prolongement festif et familial à un programme musical exceptionnel dont le ton est donné, dès l'ouverture le 18 août, avec Le Carnaval Romain, la cantate Cléopâtre et l'incomparable symphonie Harold en Italie. De Berlioz toujours : les ouvertures Benvenuto Cellini, Le Corsaire, Waverley ; les chefs-d'œuvre que sont Les Nuits d'été et L'Enfance du Christ ; une douceur, Rêverie et caprice ; un grand bonheur, La Symphonie Fantastique ; et le gigantesque Te Deum pour clôturer la fête sur un vertige berliozien ! Mais nous retrouverons aussi ses idoles et ses contemporains - Beethoven, Gluck, Weber, Cherubini, Wagner, Schumann, Chopin, Liszt, Moussorgski, Borodine, Mendelssohn, Brahms - et une place nouvelle sera donnée à nos contemporains - Cuniot, Dalbavie, et Leroux avec une création mondiale, Envers Symphonie.

Il faut noter encore les rendez-vous ouverts à tous, sans billet ni réservation : trois grands concerts sous la Halle, des petits concerts chaque jour au Musée, ainsi que des conférences, des lectures, des rencontres, souvent inattendues, comme avec Maryline Desbiolles (Prix Fémina pour son roman Anchise, qui est aussi le nom du père d'Enée...) et ses écrits où il est souvent question de festins et de passions.

Disons enfin notre reconnaissance à ceux qui chaque année permettent cette aventure dans une petite ville, au soleil d'août, à la campagne. Ce festival, 17ème déjà grâce à la volonté du Conseil Général de l'Isère et de ses partenaires, est un moment de partage en l'honneur d'un pays et de son plus célèbre enfant, et nous offre à nous divertir, à rêver, à écouter, à lire... mais aussi à penser, échanger, débattre, s'émouvoir ou rire vraiment - de ce « rire homérique » qui était celui de Berlioz. Inscrit dans une histoire initiée avec lui, cette 17ème édition nous rappelle que l'épopée festivalière a vraiment commencé il y a 170 ans !

Alors, dans la douceur des nuits d'été, ouvrons nos cœurs et nos oreilles, partageons le banquet d'Hector, et levons nos verres à ceux qui ont un rêve et n'y renoncent jamais.

Bruno Messina, directeur artistique

 

accueil actualités plan du site recherche aide contact