Le festival Berlioz est organisé par l'Agence Iséroise de Diffusion Artistique

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Avant-propos

Ô caresse des flammes...

Qui diable Berlioz a-t-il croisé pendant ses promenades autour de La Côte-Saint-André ? Que racontait-on aux enfants pendant les veillées ? Savait-il qu’en son temps des loups-garous étaient vus au Mottier, à Champier, des dames blanches à Commelle, des diables à Gillonnay, des croquemitaines un peu partout ? Ce qu’on sait de son enfance est si sage… Rien de ces contes et superstitions que la Révolution n’avait pu extirper du Dauphiné. Aucune trace de cette pensée sauvage que sa musique porte parfois. Se peut-il que le docteur Berlioz (premier à jouer des aiguilles de l’acupuncture) fut insensible aux rebouteux, enleveurs de feu et sorciers qui se rencontrent ici ? Se peut-il que le petit Hector n’en entendit jamais parler ? Permettez de noter qu’en son temps des chevauchées fantastiques, des orgies de brigands, des sabbats de sorcières sont rapportés par des témoins passés dans les bois de La Côte-Saint-André. Histoires qui ne sont pas pour les enfants de choeur, évidemment. Mais qui mettrait sa main au feu en jurant que Berlioz était un petit ange ? Nous devinons plutôt un caractère changeant : tantôt heureux, tantôt malheureux, souvent amoureux, mais aussi égoïste, exalté, obstiné, en quête de connaissance et de reconnaissance, un soir voulant en finir et prêt à tout le lendemain pour réussir. Toujours insatisfait le jeune Hector. Un petit Faust, en somme.

Devenu grand, Berlioz écrit: « Ce fut la veille de ce jour que Liszt vint me voir. Nous ne nous connaissions pas encore. Je lui parlai du Faust de Goethe, qu’il m’avoua n’avoir pas lu, et pour lequel il se passionna autant que moi bientôt après. Nous éprouvions une vive sympathie l’un pour l’autre, et depuis lors notre liaison n’a fait que se resserrer et se consolider ».
Faust donc, encore et toujours, en frère, en double, offert à celui qui serait son ami pendant trois décennies. Entre Liszt le virtuose, le Don Juan, malade de musique et d’amour, rongé par la peur de la mort, qui avant de devenir franciscain avouait que «[sa] vie n’a été qu’un long égarement du sentiment de l’amour […] mené par la musique - l’art divin et satanique à la fois… » et Berlioz l’impétueux, l’insolent, malade d’amour et de musique, sans cesse accablé par la perte de ses proches, il y avait une communauté de passions, de douleurs, d’exigences, peut-être de folie. De tous les musiciens rencontrés, ce fut le seul sincère et véritable ami. Puis l’amitié s’éteignit doucement, comme Berlioz lui-même, son feu ayant tout consumé : son art, ses amours, toute sa vie… Ainsi sont les artistes, comme Faust. Ils veulent, ils aiment, ils brûlent.

Mais nul banquet des cendres car c’est à un grand feu que le Festival vous convie. Un feu de joie, un feu sacré en l’honneur des génies ! Goûtez ce programme endiablé : une diva, des maestros, de grands orchestres, de merveilleux solistes (dont beaucoup de pianistes car nous fêtons aussi la naissance de Liszt) et des oeuvres rares, inédites, spectaculaires, dantesques, magnifiques ! Brûlez de vouloir tout entendre, tout voir… Retrouvez le Paradis, désirez les Orages… Notez ces rendez-vous pour tous : accordéons sous le balcon, défilés dans la rue, concerts sous la Halle… Appréciez ces précieux programmes des églises, dont une première à Saint-Antoine l’Abbaye… Découvrez les fascinantes étrangetés d’un colloque international… Ne manquez rien de ce petit théâtre à Balbins donnant 6 fois 7 images du diable… Aimez, riez ou soyez indignés des ciné-sabbats de minuit, des lectures méphistophéliques, du Cauchemar d’Hector… Et ne ratez rien de cet exceptionnel programme en soirée : Mazeppa, Nuits d’été, Rêverie et caprice, 1er et 2ème concertos (de Liszt), Tristia, Dante Symphonie, 9ème de Beethoven (comme vous ne l’avez jamais entendue), Symphonie Fantastique, Danse Macabre, Concerto n°5 dit l’Empereur, Harold en Italie, Méphisto Valses, Faust Symphonie, et cetera. Et en bouquet final les Huit Scènes de Faust suivies de marches inédites, de l'Hymne des Marseillais et d’un Plaisir d’amour… Ce serait bien le diable que vous y résistiez !

 

Bruno Messina, directeur artistique

 

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