Dansons maintenant !
Dansons maintenant !
« La danse s’est toujours montrée, à l’égard de la musique, sœur tendre et dévouée. »
Hector Berlioz
Et si le pied du danseur avait précédé la main du musicien ? On raconte que les enfants Berlioz ont bénéficié des leçons d’un maître de danse. On sait aussi combien il y a de références à la danse dans la musique et dans les écrits du compositeur de La Côte-Saint-André. Il y a même une lettre où Berlioz, depuis Paris, raconte à sa sœur Nanci combien les bals de la capitale sont bien désagréables (par rapport à ceux de sa commune natale) car on s’y marche sur les pieds ! Ainsi, avant d’écrire de la musique, Berlioz aurait dansé. Voilà qui serait une clé importante pour comprendre son art. Car chez Berlioz, tout est mouvement. Tout est élan. Sa musique ne se contente jamais d’être entendue : elle se vit, elle se traverse, elle s’incarne. Il n’est pas étonnant que tant de chorégraphes, depuis Léonide Massine jusqu’à Sasha Waltz en passant par Maurice Béjart et Roland Petit, aient eu envie de danser avec Berlioz.
Et puisque chez Berlioz, la danse est partout, jusque dans ses œuvres les plus habitées par le drame – de la traversée hallucinée de la Symphonie fantastique aux fulgurances de La Damnation de Faust : autant de moments où le mouvement emporte tout, où la musique devient expérience physique – alors dansons maintenant !
Ainsi la danse traverse toute la programmation de cette édition 2026, sous des formes multiples et parfois inattendues, comme la rencontre entre musique romantique et danse hip-hop. Elle est bien sûr au cœur des grands récits chorégraphiques, là-encore avec des danseuses et danseurs sur scène : Roméo et Juliette de Prokofiev ; et La Belle au bois dormant d’Hérold, ballet revisité dans un esprit aussi décalé qu’humoristique. Mais elle surgit aussi dans les suites orchestrales, comme celle de Casse-Noisette de Tchaïkovski, dans les douceurs des Nuits d’été de Berlioz, dans les obstinations du Boléro de Ravel et toutes ces œuvres où le rythme devient narration, jusqu’à faire naître des images, des gestes, des mondes entiers.
Une personnalité traverse aussi cette programmation, dans les concerts d’après-midi surtout, dans une parenté subtile avec Berlioz : George Sand, dont nous commémorons le 150ème anniversaire de la disparition. Même s’ils n’ont pas été très proches (bien qu’ils furent tous deux des amis intimes de Liszt) et que Berlioz rêvait de grandes formes pendant que Sand préférait Chopin et les musiques de salon, il y a chez eux un rapport fort à la terre et une incarnation du romantisme vécu, engagé, traversé par les questions d’amour, de politique et de société. Sand et Berlioz partagent une même tension entre liberté artistique et contraintes sociales, une même intensité expressive, une même manière de faire œuvre à partir de leurs vies. Ils partagent aussi l’idée que toutes les différences – de milieu, d’origine, de culture – s’abolissent au contact de l’art, que toutes les rencontres sont possibles grâce à la musique et à la danse. « Tous ces petits prodiges s’opèrent si spontanément quand on aime la danse, qu’on n’a pas le temps de se raviser, et que la galerie n’a pas le temps de s’en apercevoir » écrivait Sand.
Danser, c’est refuser la pesanteur, choisir le mouvement, voler vers la lumière, accepter la rencontre et affirmer, ensemble, que la beauté se partage d’abord dans un élan.
Alors, cet été, une seule invitation : dansons maintenant !
Bruno Messina
Bruno Messina
Directeur du Festival Berlioz





