Colloque : Vivre et mourir au siècle de Berlioz 1/2
Mercredi 27 Août 2025
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09h30
Musée Hector-Berlioz – La Côte-Saint-André
Cécile Reynaud, Gisèle Séginger, coordination scientifique
Intervenants : Bruno Messina, Cécile Reynaud, Gisèle Séginger, François Brunet, Jean-Marc Hovasse, Peter Bloom, Erwan Gentric
Gratuit
Vivre et mourir au siècle de Berlioz
La mort et le suicide sont des thèmes récurrents dans l’œuvre de Berlioz, le sacrifice consenti est un thème particulièrement bien illustré par l’allégorie du Pélican dans « La Nuit de mai » de Musset, l’un des poèmes emblématiques du romantisme. La célèbre cantatrice la Malibran semble avoir incarné cette éthique en sacrifiant ses dernières forces pour son art. Musiciens et écrivains s’inspirent mutuellement sur ces thèmes. Berlioz compose ses Nuits d’été en mettant en musique six poèmes de La Comédie de la mort de Gautier. Il lit Les Orientales ainsi que Le Dernier jour d’un condamné de Hugo et leur approche de la violence a une influence sur sa propre œuvre. Marqué, par ailleurs, dans sa vie familiale par des deuils, et sans doute aussi par les récits des guerres napoléonienne, Berlioz compose une Symphonie funèbre et triomphale, qui déplore la violence tout en célébrant le triomphe révolutionnaire. La mort pourrait-elle donc être transcendée, vaincue ? Certains personnages de Sand le croyaient. Ce colloque interrogera les représentations de la mort et les discours sur le deuil. La mort peut-elle avoir un pouvoir créateur dans le sacrifice de soi ? Le deuil peut-il ouvrir sur une vie renouvelée, grâce à la palingénésie comme l’espérait Nerval ? La mort a de multiples visages. Elle est parfois mise en musique par Berlioz ou représentée par des écrivains comme Flaubert et Gautier avec des tonalités inattendues, grotesques, fantastiques. D’autres fois, elle relève d’une énergétique lorsqu’il s’agit de « mourir d’amour » chez Balzac, ou de porter à son suprême degré la vie chez Musset, dont les libertins ne consentent à la mort qu’à condition de vivre l’intensité d’une dernière jouissance. Ce colloque abordera les paradoxes inattendus et les représentations contrastées de la mort dans le siècle de Berlioz, en confrontant des représentations littéraires et des interprétations musicales.
Le colloque est organisé avec le concours de Saprat, EPHE – PSL, du laboratoire LISAA-Littératures, Savoirs et Arts de l’université Gustave Eiffel et de l’Institut universitaire de France.
Programme du 27 août
9h30 : Ouverture du colloque
Avec Bruno Messina, Cécile Reynaud, Gisèle Séginger
Matin : 10 h – 12 h 30
Réalité et imaginaire de la mort. Les premières années de Berlioz en Dauphiné.
Par Bruno Messina (directeur du Festival Berlioz) et Cécile Reynaud (EPHE, SAPRAT, Festival Berlioz)
Les années de jeunesse de Berlioz dans sa famille à La Côte-Saint-André, documentées notamment par le « Livre de raison » de son père le docteur Berlioz, montrent que de nombreux deuils marquèrent cette période, relatés par le Docteur avec plus ou moins d’émotion. Le récit des décès peut être accompagné dans cet important document de la description clinique des maladies ayant accompagné la disparition de l’être proche, mais est dépourvu de toute consolation chrétienne. Par ailleurs, le « Livre de raison » se fait aussi l’écho des événements politiques liés à Napoléon depuis le 18 Brumaire jusqu’aux Cent Jours. La proximité d’un oncle maternel de Berlioz, Nicolas Marmion, colonel dans les armées napoléoniennes et célébré par le compositeur, laisse penser que le récit des batailles a dû aussi jouer un rôle dans les représentations de la mort qui ont pu accompagner le jeune Berlioz pendant ses premières années dauphinoises.
« Est-on plus ou moins mort quand on est embaumé ? » Musset et les paradoxes du lyrisme.
par Gisèle Séginger (LISAA, université Gustave Eiffel)
On a volontiers représenté Musset comme le poète de la douleur, du cœur (et Flaubert le haïssait pour ce penchant), comme le poète lyrique par excellence qui a immortalisé l’éthique d’une Muse exigeante et la figure du Pélican qui consent à la mort (« La Nuit de mai »). Mais dans son hommage à la Malibran disparue, le poète hésite lorsque l’amour de l’art en vient au sacrifice de la vie. Bien d’autres poèmes vibrent d’ailleurs d’un élan vers le plaisir et dévoilent une éthique de la légèreté. Tous les idéaux et les au-delà sont alors désavoués. Cependant le goût d’une vie portée à son excès, avec des inflexions sadiennes, rejoint parfois la mort dans la recherche d’une jouissance par-delà les limites.
Berlioz et La Comédie de la mort de Gautier : choix et interprétation dans Les Nuits d’été.
Par François Brunet (Université de Montpellier)
Ce n’est pas seulement en raison de l’estime qu’il lui portait ou de l’admiration qu’il lui vouait que Berlioz a préféré Théophile Gautier aux autres poètes de la décennie 1830 et qu’il a choisi dans La Comédie de la mort six poésies dont il fera Les Nuits d’été ; c’est certainement par un même sentiment de deuil causé par la perte de l’être aimé que les deux artistes se sont rencontrés. Comment Berlioz a-t-il agencé son cycle, quels aspects des poésies a-t-il mis en valeur, quels autres a-t-il atténués et pourquoi ? En définitive, les deux créateurs partageaient-ils la même angoisse de la mort ?
Après-midi : 14h – 16h30
Victor Hugo et la mort en 1829 (Les Orientales, Le dernier jour d’un condamné).
Par Jean-Marc Hovasse (Sorbonne université)
Au début de l’année 1829, Victor Hugo publie coup sur coup deux œuvres inattendues, novatrices et contrastées, en vers et en prose. Berlioz les découvre en direct avec enthousiasme : « Avez-vous lu Les Orientales de Victor Hugo ? », demande-t-il à son ami Humbert Ferrand le 2 février 1829 ; « As-tu lu Le Dernier Jour d’un condamné ? », demande-t-il à sa sœur Nanci le 29 mars 1829. Or ces deux œuvres, qui comme l’a depuis longtemps relevé la critique ne seront pas sans influence sur la sienne (La Symphonie fantastique, Lélio), sont dominées par l’obsédante question de la violence et de la mort. Pour quelles raisons ? Selon quelles modalités ? À quelles fins (dernières) ?
Berlioz, suicide et autres comédies de la mort.
par Peter Bloom (université de Smith College, Northampton, Massachusetts)
Dans les écrits de Berlioz comme dans ses œuvres musicales, non seulement les opéras mais les cantates du Prix de Rome, les quatre symphonies, la légende dramatique et les mélodies, on rencontre souvent le sujet de la mort et même du suicide. Dans cette communication nous lisons de près quelques lettres et documents pour interroger les tentatives de suicide putatives du compositeur, ses commentaires sur le sujet du suicide et les réactions de quelques biographes à ses récits suicidaires.
La Symphonie funèbre et triomphale de Berlioz : un hommage aux victimes de Juillet et aux idées de la Révolution.
Par Erwan Gentric (EPHE-PSL, SAPRAT)
Commandée à Berlioz par le ministère de l’Intérieur, la Symphonie funèbre et triomphale (1840) est l’occasion pour son auteur de rendre – après le Requiem (1837) – un second hommage aux victimes de la révolution de 1830 dans une monarchie de Juillet alors en quête de symboles fédérateurs. À travers l’étude de la réception critique de cette œuvre et de sa forme jugée antérieure par ses contemporains, cette communication se propose de replacer l’hommage funèbre de Berlioz dans le sillage des grandes fêtes populaires qui suivirent 1789. Nous mettrons ainsi en évidence la nature composite de cette symphonie aux multiples racines, et la façon dont son compositeur, traduisant en musique le deuil mais aussi le triomphe des insurgés, salue autant les héros de Juillet que l’utopie révolutionnaire.